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Notre histoire a commencé bien avant ta naissance.
Ta Maman et moi, on parlait souvent de toi, on s’imaginait dans combien de temps on allait te rencontrer, à quel endroit, et quel âge on aurait… Mais tu en as décidé autrement, toi ma petite force de la nature, et tu as dû te dire que, puisqu’on commençait déjà à parler un peu de toi, tu allais précipiter un peu les choses !

On était relativement jeunes, mais on venait vraiment de trouver une bonne situation, et puis, on avait déjà traversé pas mal de choses qui nous on fait penser qu’on était prêt à s’occuper de toi et à construire ensemble cette famille, tous les 3.

Mais dans quoi on s’est embarqués ? Être responsables de toi, toute notre vie, t’élever, te guider, t’apprendre et t’aider à devenir la personne que tu veux être. Quelle si lourde tâche ! On ne le sait pas encore à ce moment-là, on n’y est jamais prêt, en fait.

Alors que Maman avait déjà connu de nombreuses « joies » alors que tu te préparais petit à petit à nous rejoindre, il y eu cette nuit. LA nuit. Maman commençait ce qu’on appelle le « 6ème mois » en voyant rouge, rouge sang comme celui qui s’est répandu sur le sol tel ce qu’aurait pu être un réel naufrage dans nos vies. On savais que tu serais une fille, mais on ne savait pas encore quel nom te donner. Les infirmières qui se sont « occupées » de Maman, très empathiques et adorables, nous ont alors proposés ce soir là « Fausse Couche Tardive » ou « C’est comme ça, ça arrive, hein ». Non seulement ça ne nous plaisait pas du tout, mais visiblement ça t’a vexé. Un peu l’air de leur dire « Tu vas la voir la fausse couche, p*t*sse ! ». Au final, tu as dû cohabiter non pas avec un autre bébé, mais avec un hématome, nettement moins sympa. Maman n’avait plus le droit de bouger et en voulait à la terre entière, et surtout à moi, en fait. Pourquoi ? Parce que c’est nôtre rôle dans le couple de soutenir l’autre quand ça ne va pas ! Alors souvent on réagit mal, mais si l’autre nous aide, et bien ça passe ! De longs mois, plutôt compliqués sont alors passés, mais plus jamais on n’a voulu te donner un mauvais surnom, jusqu’à ce que Maman me propose ton futur nom, en voiture, comme ça, sorti de nulle part, et qu’on soit décidés en une fraction de seconde !

Quelques semaines plus tard, nos vies ont basculé.

Nos vies de parents ont alors débuté en même temps que la tienne. Une vie où tout est différent ! Au début, on ne pense plus à soi, mais à toi. On ne vit plus comme on le veut, mais comme tu en as besoin. On ne dort plus comme on en aurait besoin, mais comme on peut (et encore … :)).

Véritable battante, t’avais déjà joué toutes tes cartes chance quand on en est arrivé au jeu du « RGO ou pas RGO ? », ce qui nous a amené à des biberons qui prenaient 2h environ, des lits et des vêtements changés après chaque bib’, des pleurs de douleur qu’on ne pouvait pas régler (Bon, la main toute chaude de Papa, ça aidait un peu, mais c’était pas le nirvana non plus…) On nous a dit que ça passerait quand tu marcherais ! Tu as commencé à vouloir marcher vers tes 10 mois ! Quelle volonté ! On sentait déjà que ça aidait beaucoup ! Puis à ton anniversaire, tu y étais presque, la marche était toute proche, autant que la fin de ce satané clapet qui avait du mal à se fermer.
Tu avais déjà appris tant de choses, mais peut-être pas autant que tu ne m’en avais appris. Oui, surtout à moi, j’ai comme l’impression que Maman avait vraiment 9 mois d’avance là-dessus. Je crois vraiment qu’avec toi, je me suis planté sur tout. Je n’ai pas toujours bien réagi, j’arrivais même à m’énerver quand tu pleurais par faim, alors que c’était en train de chauffer. Tu te rends compte ? Oui, Papa n’a pas toujours été aussi patient et compréhensif qu’aujourd’hui (et pourtant y’a encore du progrès à faire !). C’est toi, ma chérie, qui m’a appris ça. Mais ça a mis du temps à me monter au cerveau. Probablement une bonne année de plus je dirais. A travers encore tant d’autres leçons. Tu ne t’en rappelles sûrement pas, mais alors que tu marchais presque, tu as voulu ramasser un objet par terre, mais le coin de la table basse s’est mis sur le chemin de ton œil. Maman et moi, on était dévastés. On était à quelques mètres, mais comment aurait-on pu éviter ça ? Tu as alors été notre petit pirate pendant quelque mois, nous emmenant dans les eaux troubles des hôpitaux et des spécialistes des nerfs optiques qui ont tentés de nous faire comprendre que toute une partie d’un de tes magnifiques petits yeux bruns avait été heurtée et ne pouvait plus fonctionner.

Figure-toi que, cette fois encore, tu ne t’es pas laissée faire. C’est pour ça que tu ne t’en souviens plus aujourd’hui ! Tu as réussi à tout réparer toute seule, ma petite championne.

Puis tu as décidé de te calmer sur les choses un peu « risquées », et tu parlais déjà si bien alors que tu n’avais même pas 2 ans …

Tu as alors continué à m’apprendre encore, jour après jour, tout ce que je ne savais pas. Je t’apprenais le temps, tu m’apprenais la patience. Je t’apprenais des mots, tu m’apprenais de nouvelles émotions. Tu faisais des prouesses pour nous épater, on découvrait ce qu’était la fierté.
Encore aujourd’hui, à pas encore 6 ans, tu continues de m’apprendre de nouvelles choses chaque jour, la tolérance (tu parles tellement !), le sang-froid (tu réussis toujours à pointer là où ça pique !), parfois mêmes certaines choses qui me paraissaient acquises en tant qu’adulte (« Mais non, c’est pas ça ! »), la peur de te voir grandir dans ce monde pas facile qui nous entoure… Mais aussi a voir les choses autrement, sous un angle plus positif, à vouloir m’améliorer chaque jour, à faire des couettes, à t’autoriser à faire le bébé parfois, alors que tu veux tout faire toute seule quelques secondes plus tard. A me dire que « c’est pas grave » parce que ça ne l’est vraiment pas, et surtout, que l’amour qu’on se porte l’un l’autre est infini et qu’il continue de grandir jour après jour.

Si vous saviez, avec ta soeur, à quel point j’ai pu vivre et voir les choses différemment sur ses 2 premières années ! Vous seriez si fière de toi ! Tu m’as totalement transformé !

Alors oui, j’ai fait beaucoup d’erreurs avec toi, et j’en ferais sûrement encore beaucoup. Oui, je suis sûrement parfois beaucoup trop exigeant avec toi, mais c’est toi qui m’apprends tout !

Je vis probablement autant de frustrations chaque jour dans mon rôle de parent à vouloir tout parfait, tout faire au mieux, que toi, à vouloir être celle que j’essaie de te faire devenir.
Sache que je veux que tu sois celle que TU souhaites devenir. J’ai compris tout ça grâce à toi, même si je m’y prends encore parfois comme un pied, parce que j’ai l’impression que telle ou telle chose pourra t’aider à te sentir mieux chaque jour.
Ne m’en veux pas pour ça.
Je vois à quel point tu es une petite fille merveilleuse et que derrière tes vilains petits défauts, qui changent au fil du temps, ne se cachent que d’autres défis, d’autres leçons, que tu veux m’apprendre pour m’aider à devenir le Papa que je voudrais être.

Continue d’être celle que tu veux être, je continuerais d’être celui que tu as besoin que je sois.

La seule personne au monde qui m’a changée en Papa, c’est toi. <3